Découvrir FRAIRE
- Caroline Lelubre

- 16 août
- 9 min de lecture
🌿 SOUS NOS PRAIRIES, UNE HISTOIRE DE FER, DE TRADITIONS ET DE VIE DE VILLAGE
Minières, Saint-Ghislain, carnaval, théâtre wallon, croyances et chemins de campagne…
Notre voyage à travers les petits villages qui entourent Les Notes Endormies continue.
Parce que j'ai vraiment envie, à travers cette série, de vous montrer autre chose.
Pas uniquement les grands sites touristiques.
Pas uniquement les endroits que l'on retrouve immédiatement dans les guides.
Mais également ces petits villages que nous traversons parfois sans nous arrêter.
Des villages où vivent encore des traditions, des histoires, des souvenirs et surtout des habitants qui continuent à les faire vivre.
Aujourd'hui, nous prenons la direction de…
❤️ FRAIRE
Et cette fois, lorsque vous marcherez dans les campagnes…
regardez bien le sol sous vos pieds.
Parce qu'il cache une partie importante de l'histoire de toute notre région :
⛏️ le fer.
📜 FRAIRE… OU AUTREFOIS « FRAIRE-LA-GRANDE »
L'histoire du nom nous donne déjà un premier indice.
La Ville de Walcourt fait remonter son origine au latin Ferraria, attesté en 868, avant de retrouver notamment la forme Friera-la-Grande au XVe siècle.
Le lien avec le fer est donc inscrit jusque dans le nom du village.
Et les habitants de Fraire possédaient également leur petit surnom :
les « couss' » — les cousins.
J'aime particulièrement ces petits noms populaires.
Ils font partie de cette mémoire que l'on retrouve rarement dans les grands livres d'histoire mais qui appartient profondément à l'identité d'un village.
⛏️ SOUS FRAIRE SE CACHAIT UNE RICHESSE
Fraire fut pendant longtemps l'un des grands territoires d'extraction du minerai de fer de l'Entre-Sambre-et-Meuse.
Avec Morialmé et Yves-Gomezée, il comptait parmi les secteurs particulièrement productifs de la région.
Et cette histoire est ancienne.
En 1384, Jean II de Condé fait rédiger la fameuse « Charte des minières ».
Un véritable règlement déterminant les rapports entre propriétaires et travailleurs dans les exploitations minières de plusieurs villages, parmi lesquels Fraire.
Cette charte continuera à être appliquée…
jusqu'en 1882 !
Imaginez le nombre de générations qui ont travaillé sous ces règles.
🔥 LES « CRAYATS DE SARRASINS »
Et voici encore une de ces expressions anciennes qui semblent tout droit sorties d'un conte.
À Fraire, on retrouvait des amas de scories et de déchets provenant des anciennes activités liées au fer.
On les appelait :
les « crayats de Sarrasins ».
Ces déchets anciens furent même récupérés et réutilisés par l'industrie métallurgique au XIXe siècle.
Encore une fois, dans nos villages, le vocabulaire populaire raconte presque autant d'histoires que les archives.
⚒️ FRAIRE EXTRAIT, YVES-GOMEZÉE TRANSFORME
Et voilà pourquoi j'aime raconter nos villages les uns après les autres.
Parce qu'on finit par comprendre qu'ils ne vivaient pas séparément.
À Fraire, on extrayait le minerai.
À Yves-Gomezée, on produisait le fer.
Aujourd'hui, une promenade permet justement de relier ces deux histoires.
Les Sentiers du Fer proposent deux parcours au départ de Fraire, de 5 km et 16 km, permettant de découvrir les traces de cette ancienne activité.
⚰️ LES CROIX D'OCCIS : QUAND LE PAYSAGE GARDE LA MÉMOIRE DES HOMMES
Et il existe à Fraire des témoins beaucoup plus émouvants de cette époque.
Dans nos campagnes, on trouve encore des croix d'occis.
Ces petites croix de pierre étaient élevées pour rappeler une mort soudaine.
À Fraire, certaines sont directement liées à l'activité minière du XIXe siècle.
Derrière l'histoire industrielle, il ne faut donc jamais oublier…
les hommes.
Ceux qui descendaient travailler.
Ceux qui extrayaient le minerai.
Ceux qui ont parfois perdu la vie.
Une simple croix au détour d'un chemin peut ainsi raconter une histoire que l'on aurait complètement ignorée en passant devant.
🚂 ET PUIS ARRIVA LE TRAIN…
L'abondance du minerai participa également au développement du chemin de fer.
Une ligne est ouverte en novembre 1848.
Elle favorise ensuite l'installation et le développement d'autres activités : fonderie, verrerie, scierie, commerces de charbon…
La population de Fraire va alors fortement augmenter.
Mais l'extraction du minerai cesse en 1876.
Avec la disparition progressive des activités industrielles, le trafic voyageurs s'arrête en 1954 et la ligne ferme définitivement à tout trafic en 1978.
Encore une fois…
un village rural aujourd'hui paisible cachait autrefois une activité considérable.
⛲ LA GRANDE FONTAINE DISPARUE DE FRAIRE
Et voilà une histoire qui risque de faire réagir les amoureux du patrimoine.
En 1871, le Conseil communal décide la construction d'une imposante fontaine monumentale.
Son coût s'élève à 14 122,98 francs.
Elle était suffisamment remarquable pour qu'une photographie en soit conservée dès 1900 aux Musées du Cinquantenaire à Bruxelles.
Mais en 1953…
la fontaine est vendue au prix de la ferraille.
Heureusement, certains morceaux ont survécu.
Des pierres du bassin furent réutilisées et la vasque monumentale ornée de lions fut conservée dans un jardin privé.
Voilà typiquement une histoire que j'aime raconter.
Parce qu'elle nous rappelle aussi à quel point notre regard sur le patrimoine a changé.
⛪ SAINT-REMY… MAIS UNE MARCHE SAINT-GHISLAIN ?
L'église paroissiale de Fraire est dédiée à Saint-Remy.
Pourtant, lorsque vient le temps de la grande Marche folklorique…
c'est Saint-Ghislain que Fraire célèbre.
Pourquoi ?
Pour le comprendre, il faut revenir en…
1848.
Et découvrir une histoire profondément humaine.
🙏 1848 : UN PÈRE, UNE MÈRE ET UN VŒU À SAINT-GHISLAIN
Cette année-là, Louis Mathieu est confronté à un accouchement difficile de son épouse.
Il invoque Saint-Ghislain et formule un vœu afin que la naissance se déroule heureusement.
Après l'heureuse issue de l'accouchement, il fait ériger une potale en pierre d'environ 1,70 mètre, dans laquelle est placée une statue de Saint-Ghislain.
À côté…
il plante un tilleul. 🌳
Mais l'histoire ne s'arrête pas là.
👶 UNE SECONDE HISTOIRE D'ENFANT
En 1890, le gendre de Louis Mathieu, François Flandre, fait construire une chapelle plus importante adossée à la potale.
Cette fois, il s'agit d'un remerciement pour…
la guérison d'un enfant.
Et ce détail prend tout son sens lorsque l'on sait que Saint-Ghislain est traditionnellement considéré comme protecteur des enfants.
Nous sommes ici à la frontière entre histoire, foi et croyance populaire.
Nous ne présentons évidemment pas ces guérisons comme des faits médicaux démontrés.
Nous racontons ce que les habitants croyaient, espéraient et transmettaient.
Et ces croyances ont fini par participer à la naissance d'une tradition toujours vivante aujourd'hui.
🌙 CONTES, CROYANCES ET LÉGENDES DE FRAIRE
Fraire possède un décor parfait pour les anciennes histoires.
Des minières.
Des bois.
Des morts accidentelles.
Des croix au bord des chemins.
Des scories surnommées « crayats de Sarrasins ».
Une potale.
Un vieux tilleul.
Des guérisons attribuées à l'intercession d'un saint.
Des générations de mineurs…
On imagine facilement toutes les histoires qui ont pu circuler autrefois.
Macrales.
Revenants.
Bruits entendus dans les anciennes minières.
Peurs transmises aux enfants.
Histoires racontées pendant les longues soirées d'hiver…
Mais ici encore, je tiens à faire la différence entre ce qui est documenté et ce qui appartient à l'imaginaire populaire.
Nous garderons donc les légendes comme des légendes.
Parce qu'elles n'ont pas besoin d'être transformées en vérités pour être belles.
🥁 LA MARCHE SAINT-GHISLAIN
En 1904, le curé Joseph Durvaux organise une Marche placée sous la protection de Saint-Ghislain.
Le cortège fait naturellement halte devant les chapelles liées aux familles Mathieu et Flandre.
Mais l'histoire de la Marche sera mouvementée.
Elle disparaît après des incidents au début du XXe siècle.
Une tentative de Marche civile a lieu en 1923.
En 1935, la paroisse reçoit une relique de Saint-Ghislain.
Une procession est organisée.
Puis, en 1946, la procession avec escorte armée renaît avec l'autorisation épiscopale.
Et depuis 1947, elle est traditionnellement organisée le troisième dimanche de juillet.
Aujourd'hui, le comité est officiellement repris sous le nom :
1er Empire Saint-Ghislain – Fraire
❤️ QUAND LES TAMBOURS FONT VIVRE LE VILLAGE
Pendant le week-end de la Marche, Fraire change complètement de visage.
Uniformes.
Tambours.
Procession.
Familles.
Enfants.
Anciens.
Retrouvailles.
Traditions.
En 2026, la Marche Saint-Ghislain s'est déroulée les 18, 19 et 20 juillet, la grande journée du dimanche ayant lieu le 19 juillet.
Et comme je le répète dans cette série :
une Marche folklorique n'est pas simplement un spectacle.
C'est une tradition vécue.
Une histoire familiale.
Un patrimoine transmis.
Et surtout…
un village qui se retrouve.
🎭🎉 ET FRAIRE SAIT AUSSI FAIRE LA FÊTE : LE CARNAVAL
Mais la vie folklorique de Fraire ne se limite pas à la Marche.
Il y a aussi le carnaval.
Et cette partie mérite sa place parce que le patrimoine d'un village ne se résume pas à ce que l'on peut mettre derrière une vitrine.
Le carnaval, ce sont les préparatifs.
Les déguisements.
La musique.
Les habitants qui sortent.
Les enfants.
Les retrouvailles.
Les souvenirs des éditions précédentes.
C'est le village qui s'amuse ensemble.
Pour les dates et le programme, qui peuvent naturellement évoluer d'une année à l'autre, je préfère orienter les visiteurs vers l'agenda officiel plutôt que de conserver une ancienne date.
🎭🗣️ « È NOSSE WALON » : QUAND FRAIRE MONTE SUR LES PLANCHES
Et surtout…
n'oublions pas les pièces de théâtre en wallon. ❤️
Parce qu'il existe un patrimoine que l'on ne peut ni classer ni enfermer dans un musée :
notre langue.
Les expressions de nos grands-parents.
Les mots de nos villages.
Les accents.
Les histoires.
Cet humour wallon tellement particulier.
Et ces pièces de théâtre où parfois une seule expression suffit à faire rire toute une salle avant même que la phrase soit terminée. 😂
À Fraire, cette tradition du théâtre en wallon fait partie de cette vie locale qu'il est important de préserver et de transmettre.
Je préfère cependant ne pas inventer ici le nom ou l'ancienneté d'une troupe sans disposer d'une source suffisamment fiable.
Mais je tiens à garder cette partie dans l'article.
Parce qu'une soirée de théâtre en wallon…
c'est aussi du patrimoine vivant.
❤️ PARLER WALLON, C'EST AUSSI TRANSMETTRE
Nos grands-parents parlaient parfois wallon quotidiennement.
Pour les générations suivantes, certaines expressions sont restées.
D'autres disparaissent doucement.
Alors chaque pièce jouée…
chaque histoire racontée…
chaque expression répétée…
conserve un petit morceau de cette langue.
Et je trouve cela particulièrement important dans une série consacrée aux petits villages de notre région.
Parce que leur patrimoine ne se trouve pas uniquement dans les pierres.
Il se trouve aussi dans les mots.
🌾 ET AUJOURD'HUI ? FRAIRE CONTINUE À VIVRE
Le Fraire industriel a profondément changé.
Les minières ont fermé.
Le train a disparu.
La grande fontaine n'est plus là.
Mais le village n'est pas devenu un musée.
Des habitants y vivent.
Des associations entretiennent les traditions.
La Marche rassemble toujours.
Le carnaval fait encore partie de la vie locale.
Le wallon continue à résonner lorsqu'il remonte sur les planches.
Et des activités économiques et artisanales subsistent.
C'est cela aussi que je veux montrer :
un village possède un passé, mais il possède surtout un présent.
🍪 UNE PETITE GOURMANDISE DE FRAIRE ?
La Ville de Walcourt répertorie notamment Les Gourmandises de Sabines parmi les producteurs et commerces locaux situés à Fraire.
Je préfère garder ici une description volontairement simple tant que nous n'avons pas vérifié directement toute leur gamme actuelle.
Mais c'est exactement le type d'adresse que j'aime intégrer à ces articles :
une découverte du village qui peut aussi passer par les papilles.
Pour compléter son panier, l'entité de Walcourt compte également de nombreux producteurs de miel, produits laitiers, viande, glaces, pâtes, farine et autres spécialités.
🥾 ET MAINTENANT… ENFILEZ VOS CHAUSSURES
Pour Fraire, c'est presque indispensable.
Parce que nous avons parlé pendant tout cet article des anciennes minières.
Alors maintenant…
allons marcher sur leurs traces.
Deux circuits sont proposés :
🥾 5 km pour une découverte plus courte,
et
🥾 16 km pour prendre davantage le temps d'explorer le passé minier et les paysages reliant cette histoire à Yves-Gomezée.
Ces promenades permettent de découvrir les vestiges de l'époque où Fraire extrayait le minerai et Yves-Gomezée produisait le fer.
🌿 REGARDEZ AUSSI LES PETITES CHOSES
Pendant votre promenade, ne cherchez pas uniquement un grand monument.
Regardez plutôt…
les croix au bord des chemins,
les chapelles,
les potales,
les anciennes fermes,
les traces du paysage industriel,
les vieux arbres,
les chemins de campagne.
La Ville de Walcourt recense d'ailleurs plus de 40 chapelles et potales sur l'ensemble de son territoire.
Et parfois, une toute petite pierre raconte davantage qu'un immense bâtiment.
❤️ LE PETIT CONSEIL DE CAROLINE
Si vous séjournez aux Notes Endormies et que vous partez découvrir Fraire, ne cherchez pas nécessairement une grande attraction touristique.
Venez plutôt découvrir une histoire.
Commencez par le village.
Imaginez les mineurs.
Cherchez les traces laissées par le fer.
Regardez les croix d'occis.
Pensez à l'ancienne fontaine monumentale aujourd'hui disparue.
Découvrez la potale et l'histoire de Saint-Ghislain.
Si votre séjour tombe pendant la Marche…
écoutez les tambours. 🥁
Si un spectacle en wallon est annoncé…
poussez la porte. 🎭
Si le carnaval bat son plein…
profitez de la fête. 🎉
Puis enfilez vos chaussures et partez sur les Sentiers du Fer.
Parce que Fraire se découvre probablement mieux ainsi :
lentement.
🔎 POUR DÉCOUVRIR FRAIRE
Voici les liens que je conseille de conserver directement dans l'article :
❤️ FRAIRE : BIEN PLUS QU'UN ANCIEN VILLAGE MINIER
Et voilà encore pourquoi j'aime tellement cette série.
Au départ, on pourrait résumer Fraire en quelques mots :
« ancien village d'extraction du minerai de fer ».
Mais lorsque l'on commence à chercher…
on découvre tellement plus.
Une charte des minières vieille de plusieurs siècles.
Des mineurs.
Des croix dressées en mémoire de morts accidentelles.
Un chemin de fer disparu.
Une fontaine monumentale vendue à la ferraille.
Une potale construite à la suite d'un vœu.
Un tilleul.
Un saint protecteur des enfants.
Une Marche folklorique.
Des tambours.
Un carnaval.
Des pièces de théâtre en wallon.
Des expressions transmises par nos anciens.
Des gourmandises locales.
Des chemins permettant aujourd'hui de marcher sur les traces de ceux qui travaillaient ici autrefois.
Voilà Fraire.
Pas uniquement un point sur une carte.
Mais un village avec une mémoire, une langue, des traditions et des habitants qui continuent à le faire vivre.
Et finalement, c'est exactement cela que j'aimerais partager avec les personnes qui séjournent aux Notes Endormies :
Ne traversez pas simplement nos petits villages. Arrêtez-vous. Regardez. Écoutez. Marchez. Goûtez. Et surtout… laissez-les vous raconter leur histoire. ❤️

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